Bon. Plongeons profond dans les arcanes de mon conscient (et subconscient).

Dans ma tête, en permanence y a plusieurs voix.

D'abord, y a celle de ma pensée, c'est un flux continu: j'ai faim, bordel quelle drôle de tête il a ce type, merde j'aurais pas dû lui matter le cul, hey c'est autorisé ça ? Chuis contre la peine de mort, est-ce que tu crois qu'il y a des tomates dans mon jardin ?

Il y a celle de ma conscience: nan ça c'est mal, fais pas ça, donne-le-lui t'es pas gentille.

Et il y a le Narrateur Intérieur. C'est la voix qui raconte ma vie au fur et à mesure qu'elle passe, comme une voix off. Ici ça donne: Elle pianotait nerveusement sur les touches, hésitante.

Cette voix est tout le temps là, quoi que je fasse, je l'entend me le raconter illico.

Et tu vois, mon Narrateur Intérieur, il est pas très gentil. C'est plutôt le genre à me tirer dans les pattes.

Un bête exemple: je danse. Mal probablement, mais joyeusement, je me marre comme une folle. Et c'est là qu'il me bousille mon trip avec : Elle se tortillait maladroitement, disgracieuse et épaisse au possible. Ses contorsions ne faisaient qu'ajouter au ridicule de sa tenue, qui la boudinait lamentablement.

Et là, je redescends sur terre, fracassée, déprimée, mon égo en tout petits bouts, je quitte la piste de danse, honteuse et mortifiée, persuadée d'entendre les rires et les moqueries qui n'existent que dans ma tête.

C'est lui qui fait que tout d'un coup je m'arrête net, le regard éteint. C'est lui qui me parle de mes bourrelets quand je fais l'amour. C'est celui qui romance ma vie mais c'est pas un roman d'amour.

Et en même temps, y a l'autre Narrateur. Celui qui est persuadé que je suis géniale et que tout le monde m'adore. Celui qui me dit:  Elle était tout simplement divine.

Le vilain Narrateur: Un gros tas de graisse blanchâtre.
Le gentil Narrateur: des courbes voluptueuses.

Le vilain Narratteur: Un visage lourd et ingrat, aux traits épais.
Le gentil Narrateur: Un visage mobile, au regard vif et intelligent, atypique et d'une beauté rare.

Pas besoin d'aller plus loin, aucun des deux n'est juste.
Mais jusqu'ici, c'est le Vilain qui a eu la parole.

Alors, ce soir, je décide de laisser les bonnes voix faire chorus dans ma tête et je vire le Vilain Narrateur Intérieur. T'es viré mon gros. Tu dégages. Je ne veux plus laisser ton venin alimenter ma peine et ma paranoïa.

Dorénavant, je serai belle, intelligente, gracieuse et tout et tout, et les hommes se mourront d'amour pour moi.

Elle sourit lorsque les derniers mots apparurent à l'écran. Qui se rendrait compte de l'intimité de cette confession ?